Crise de blogue – nouvelle mouture – est lancé! La présentation du nouveau décor se trouve ici. Ce blogue sera effacé prochainement. Je vous invite à suivre mes nouveaux projets sur WWW.JEVI006.COM
DÉMÉNAGEMENT
Afin de donner plus d’échos à mes mots, mes pensées, mes délires et mon imagination, j’ai le plaisir de vous convier à la visite de mon tout nouveau blogue : www.jevi006.com. Ma crise de blogue se poursuivra sur cette adresse. Le lancement est prévu pour le 15 avril et vous pourrez y lire les suites de ma grande déclaration. Au plaisir d’échanger avec vous. Ce blogue sera effacé le 1er mai prochain.
L’intelligence du brouillard
Je décompose la laine qui tisse la toile de la vérité. Je lève le voile sur des nuages de complexité. Tu es trop loin pour être saisie d’une seule main. Je m’offre sur cette scène maudite, mais il fait toujours noir ici bas. La noirceur n’est plus ce qu’elle était, elle prend le temps de se mettre au tic tac de la pause de la liberté. La couleur des ténèbres est un trampoline vers le sommet de la quiétude. Il y a une kyrielle d’obstacles avant de plafonner, le temps de respirer quelques moments. La montagne russe t’attend ici en haut, mais cette nouvelle aventure débute avec le sourire. Les commandes du train sont maintenant connues par toi, moi et quelques illuminés. La descente existera toujours, mais le sommet sera toujours visible malgré le brouillard.
Poème épistémologique
En quête de l’esthétique du théorique.
Je traverse les frontières des repères.
Je songe à comprendre au-delà du rapport au monde.
Lever le voile qui me bloque du réel.
Le réel est insaisissable
Si je l’atteins, je meurs.
Si je meurs, je vais connaître.
Si je veux connaître, je ne peux mourir.
Saisir cette dialectique impossible avec moi-même.
Je m’éloigne des normes, je m’éloigne du monde.
Pour le comprendre, je dois identifier les normes.
J’identifie les normes, je les transforme.
À force de transformer, je les tue.
Où est le monde sans norme ?
Lorsque je connais, je doute.
Je parlerai donc de ce que je doute de connaître
Dès qu’il y a humain qui interprète, il a de la construction.
La première brique.
L’humain l’a posée.
Elle n’est pas construction.
Elle est amalgame.
Le langage se construit dans son essence.
Le langage se bâtit avec l’humain.
L’humain est langage.
Tautologie!
Je suis la tradition de l’expérience humaine.
Je ne peux m’extraire de l’historicité.
Les différences en hiérarchie.
Les normes en oppressions.
Il y n’y a pas de sens dans cette masse de mots.
Elle n’est que symbole.
Les symboles sont le sens.
Tautologie!
L’herméneutique n’est que le concept qui rationalise mes valeurs.
La sociologie est ce qui me fait moins peur.
Je suis perdue dans cette masse de savoir et de non-reconnaissance.
Je suis perdue dans cette foule sans liberté.
Doute, crainte, affirmation, certitude.
Je ne connais pas. J’ai soif.
Je suis en perpétuel devenir.
Le devenir-vrai.
Le devenir-être.
Nous sommes égalitaires dans le pré-social.
Dans ce pré sans soumission, nous y sommes presque.
Au-delà du social, il y a moi, mon être en tant que lui-même.
Sans le social, je n’y suis pas.
Avec le social se construit le monde.
Et le monde existe dans sa construction.
Le pré-social, fiction humaniste
L’Universel de la modernité, avis de recherche.
Ce lot d’incomplets n’est que le reflet du soupçon qui me fait douter du Savoir.
Je ne comprends rien, et c’est là que je connais.
Cette remise en question de la Connaissance est quelque chose de rassurant.
Je préfère douter qu’être sûre de connaître.
Les monologues de la destruction par anticipation no 1 – Ou le discours d’une cynique utopique.
Mon cerveau se mutile dans des réflexions futiles sur une société déjà en perte de vie.
Mise en perspective
Colérique no1 : Le fait d’être un haut gradé embourgeoisé te fait sourire? Être mieux que celui qui balaie les chiottes te convient? Vraiment, cela a changé
Témoignage no 1 : Tu vas voter, car tu es une bonne citoyenne, tu crois en la démocratie. Tu crois que ton opinion est entendue, qu’elle est même respectée. Le con que t’as élu est le mieux placé pour diriger ton pays.
Gestionnaire no 1 : Les fermetures d’usines sont très pragmatiques, c’est le marché, nous n’avons pas le choix. Responsable des ressources humaine no 1: Vous allez vous trouver un autre poste, vous êtes tellement compétente. Employeur no 1 : Désolée madame, vous êtes beaucoup trop qualifiée pour ce poste. Employeur no 2 :Vous êtes trop âgée pour ce poste, avez-vous pensé à la retraite?
Colérique no 2 : Certains enfants chinois crèvent pour laver ton postérieur, mais monsieur consomme du café équitable, il prend même le transport en commun et il achète biologique. Grâce à vous nos bourgeois bohèmes préférés, le monde est sauvé.
Naive no 1: La chambre de l’enfant sera verte, on ne veut surtout pas le socialiser selon son genre, il aura la liberté de choisir qui il veut être. **Pendant ce temps à la maison, papa tond le gazon et maman fait un gâteau**
Point de vue
Madame de la Masse : L’égalité des sexes est clairement atteinte, il suffit de regarder le cabinet du premier ministre, c’est la parité.
Monsieur de le Charité : Il y a des programmes sociaux pour tout le monde. Tu n’es pas inscrit dans la Charte des droits et libertés ? Attends, attends, je vais la modifier pour démontrer les avancées de notre démocratie.
Le pucké : Je n’ai pas d’argent, je suis pauvre. La conseillère : Cesse de faire ta victime, si tu le veux, tu peux. Regarde-moi j’ai réussi! Monsieur tout le monde : Les gens dans la rue s’ils sont là, c’est parce qu’ils le veulent bien. Une fille qui veut s’en sortir, bien, elle va réussir, un peu de bonne volonté, et elle va en avoir une job au Wal-Mart.
Monsieur gros bon sens : Pour aller à l’école, il faut s’endetter, c’est faire notre juste part pour la société. Les jeunes communistes, ils s’inscrivent tous en sociologie, en histoire et dans des programmes qui ne servent en rien à la société. Ils ont juste à payer s’ils veulent s’asseoir sur l’héritage de NOTRE société. En tout cas, ce n’est pas eux qui vont payer la dette.
Le recruteur : Inscris-toi dans l’armée, c’est carrément débile, tu vas vraiment démontrer tout ton potentiel. Fais ta part pour ton pays, tu vas être un individu libre.
En mal de désir
Implacablement, cette masse de rancœurs rancunières s’est finalement donnée en spectacle pour échoir dans un sentiment d’attentes inassouvies et de désirs poignants, pour terminer dans un profond renoncement au recommencement inavouable.
La cruauté, la dictature de la morale qui a supposément été détruite par nos ancêtres progressistes ne cesse de me souffler à l’oreille que l’oubli sera le meilleur moyen pour aller vers le chemin militant parsemé de révoltes désabusées.
Le fait de tant détester, le désir d’une vengeance de ce qui me motive et qui ne peut être nommé. Je cesse de me plaindre, maintenant, tout est accepté, je peux probablement demander un accommodement raisonnable pour mœurs excessives.
Je me cherche parmi la fracture humanitaire qui m’accepte comme je suis avec tout mes torts et travers. Pourtant, je dois recoller les morceaux, eux-mêmes divisés en choix de société, pour me créer des repères pour tenter de vivre dans cette masse sans émotion.
Encore une fois, j’ère dans les sillons fractionnés du renversement silencieux, le doute en filigrane, je veux recommencer cette explosion de passion haineuse et de colère explicite. Je cherche, j’ère, je stagne, la frousse ne veut me quitter, ce qui m’empêche d’aller plus loin que cet ascenseur émotionnel.
Cette longue plainte ne sera pas plus détermination que mes pensées cruelles. Je tente de provoquer naturellement ce qui mérite d’être vécu, mais la peur de cette masse de juristes m’interdit le laisser-aller.
La masse, tu en fais partie, tu me juges et me jugera de cette tentative aussi vaine que le désir de changement révolutionnaire immédiat tant pratiqué dans ma génération Nintendo. Alors, cette comptine lyrique est un souffle d’espoir, je veux que tu me détestes autant que je peux vomir de haine à ton égard.
La passion destructive s’élève de plus en plus, j’ai mal, mais l’amour de ce mal me poussera vers je ne sais où, j’ère autant que ma société en voie d’extinction.
Globalité anomique
Je l’entends, je l’entends, c’est encore une fois mon cœur qui se broie en morceaux parcellés d’égoïsme. Après maintes réparations, chirurgies et boîtes de plasters, une fois encore il s’est fait passer dessus par le train gigantesque de la déconstruction imaginaire.
Qu’est-ce qui nous pousse tant vers le gouffre de l’anomie? Est-ce que le capitalisme s’est aussi approprié les moyens de production du bonheur? Est-ce que la somme totale de la souffrance de l’humanité peut acheter une quelconque forme de journée ensoleillée ou de sourire authentique?
Le sentiment de connexion tant attendue, cette chimie qui te prend à la gorge, qui te jette au sol tant qu’elle est forte et fracassante. Ce bonheur éphémère qui ne peut que créer un face à face avec toi-même. Ce genre de sentiment qui te remet en question, celui qui te rend incapable de vivre sans lui. Cette attirance qui fait tellement mal, celle qui te broie tous les os du cœur, qui te donne la fièvre, mais qui est tellement virulente et nécessaire.
Je l’entends, ce sont ses derniers battements, c’est l’utopie interne qui se fait un hara-kiri. L’espoir espiègle qui m’a jeté son dogmatisme dans la tête vient me faire la leçon pendant que mon intérieur se meurt encore une fois.
Cette chimie qui m’a poussée à la folie, qui m’a fait devenir encore une fois, plus cynique et dégoûtée de cette existence sans valeurs et sans prétention. Voilà, elle est déjà en perte de sens, comme tout le reste du monde. Cette chimie qui se perd dans sa formule mathématique, qui se vomit dans sa perte de finalité, qui n’existe que pour satisfaire la dictature de la liberté, le désir du tout et du rien en même temps. Le désir et le dégoût face à cette même et unique chose, cette quête.
Allez, régurgite cette merde d’idée qui a germé dans ta tête. Tu pourras chialer contre la société pour te réconforter. Meurs, saleté d’attirance. Meurs, saleté d’émotion épineuse.
C’est l’absolue inhérence de la vie qui te fait face. Le capitalisme n’est pas seulement le bloc monolithique du mal, l’humanité est sa propre meurtrière. Tout est passé dans la cuvette des toilettes. Le rejet de tout, pour se gaver de cette fausse liberté qui tue. Pendant ce temps, le capitalisme nous a abreuvés de gadgets inutiles pour combler cette globalité anomique.
Ne cherchez pas le sens du texte, il est mort en même temps que mon identité morcelée. Tout est prêt à être utilisé et jeté. Faites de même avec ce texte, oubliez-le. Oubliez-moi
Réflexions de déménagement
Le port du casque rose
Vendredi, j’ai pris la route de Montréal pour mon déménagement officiel vers l’Abitibi. Un peu plus de 24 heures et mes boites, surtout des livres et notes de cours accumulés, étaient prêtes et le camion était rangé comme un jeu de Tetris évolué. Tout le long des 554 kilomètres me séparant de Montréal, j’ai constaté avec une certaine satisfaction et fierté la présence de femmes sur les nombreux chantiers de construction arborant la route transcanadienne. Il n’y avait pas seulement des femmes pour tenir les panneaux indiquant qu’il faut ralentir et s’immobiliser, elles travaillaient également à l’instar de leurs collègues masculins sur la machinerie.
La constatation d’une certaine percée féminine à travers les métiers non traditionnels s’est vite assombrie lorsque j’ai aperçu avec dégoût l’arrivée des casques de construction rose bonbon assorti de gants de travail décorés avec du vernis à ongles. Ma préférée était cette jeune femme très crédible dans son travail qui portait ses gants vernis et son casque rose, sans oublier les bottes à cap «au look branché» et sa mise en plis au fer plat où l’on voyait de longues mèches blondes parmi ses cheveux noisettes, mèches de cheveux soigneusement placées pour qu’elles dépassent avec style hors du casque. Inutile de vous parler de ses vêtements de construction qui lui ont sûrement coûté trois jours de salaire.
Un chantier de construction ce n’est pas une parade de mode, c’est un lieu de travail. Les femmes se sont battues avec ferveur pour obtenir une reconnaissance sur les chantiers, elles se sont battues pour obtenir l’égalité sur tous les lieux de travail. Elles ont dû travailler d’arrache-pied pour démontrer qu’elles aussi pouvaient faire la job aussi bien qu’un homme. Comment voulez-vous que le travail des femmes dans la construction soit crédible et reconnu si les femmes décident de marquer leur différence à ce point?
Je suis tout à fait en faveur des vêtements et outils de travail conçu pour le gabarit des femmes, c’est nécessaire considérant le nombre croissant de femmes dans le non-traditionnel. Des gants, des lunettes et des vêtements plus petits et ajustés ont tout à fait leurs places dans les «boutiques de travailleurs», mais pourquoi les seuls vêtements de travail conçu pour les femmes sont roses? Sacrament, nous ne sommes pas des Barbies, nous voulons nous aussi suer, forcer et nous salir pour réaliser des ponts et des routes. Puis, ces femmes dans le non-traditionnel sont dans une impasse, soit qu’elles ont des vêtements de travail non adaptés à leur gabarit – ce qui peut être dangereux – ou elles font leurs petites filles sur le chantier avec des vêtements pastels. Avis aux femmes sur les chantiers, si vous voulez faire un métier où seuls les hommes avaient accès bien vous devriez faire comme eux et porter un casque jaune et des vêtements de travail normaux. À quand les pépines et des chargeurs mauves? Comment voulez-vous être prises au sérieux si vous prenez votre emploi pour un défilé de mode? Nous avons déjà à surmonter les insultes et remarques sexistes au travail, il ne faut quand même pas donner aux hommes des arguments pour nous discréditer. Le travail sur les chantiers est un travail physique qui demande des compétences manuelles, ce n’est pas une place pour «flasher» avec son nouveau casque. Nous n’obtiendrons pas l’égalité et la parité si nous tenons à tout prix à marquer une différence entre les sexes surtout sur un chantier de construction.
Le retour du nouveau départ
Ma grande déclaration
Ayant annoncé sur les réseaux sociaux que jaillirait de mon clavier une grande déclaration, c’est aujourd’hui que je me lance dans les confidences virtuelles. Armée d’une poche de mots et de mes fantasmes d’aventurière, je me lance dans une quête de sens et dans une recherche fondamentale sur mes racines.
Contrairement aux hypothèses que vous avez soulevées, je ne suis pas enceinte. Je ne vais pas me marier. Je ne ferai pas de changement de sexe pour porter le nom de Guillaume. Je ne suis pas en couple ouvert avec une femme. J’effectue plutôt un repli stratégique, un repli vers les lieux qui m’ont vu grandir. Tapis rouge et tambour. En grande pompe, je vous annonce que je quitte la métropole montréalaise pour la région, je vais m’établir en Abitibi-Témiscamingue.
Native de l’Abitibi, je l’ai quitté il y a près de 6 ans. J’ai poursuivi mes études postsecondaires jusqu’en avril dernier. En quittant Montréal je ne poursuivrai pas mes études de maîtrise, je lâche l’université pour découvrir le tristement célèbre «marché du travail». J’ai occupé bien des emplois au cours des dernières années, mais c’était toujours en complément avec mes études. Je ne sais pas encore qu’est-ce qu’une vie sans travaux académiques. Depuis 20 ans le mois de septembre signifie pour moi la rentrée scolaire. Cette année, le mois de septembre sera consacré à une recherche d’emploi très active qui me permettra peut-être d’éponger ce que me réclament les banques depuis la fin de mon baccalauréat : le remboursement de mes prêts étudiants. Étudiez maintenant, payez plus tard.
À titre plus personnel, je quitte mon bel appartement montréalais, appartement que j’habite depuis près de quatre ans. J’ai le sentiment de quitter à nouveau le foyer familial. Mon bail se termine le premier août. Montréal et son dynamisme me manqueront certainement. Les possibilités de Montréal sont infinies et il y a encore tant de choses à voir. Je vais m’ennuyer des cinémas indépendants, des musées, des petits cafés, des bières de micro-brasserie, de la grande bibliothèque, des librairies offrant des livres usagés et également des lieux marginaux qu’on retrouve peu en région. Les austères murs bruns de l’UQAM et les doubles allongés du Café Aquin (le café étudiant) me manqueront aussi. Dans un autre ordre d’idée, j’ai également mis fin à une longue relation amoureuse. Qui sait si la ruralité du nord m’apportera l’amour. Je quitte également tous mes amis et connaissances pour faire place à de nouvelles rencontres. J’ai encore quelques amis ici et de la famille, mais je serai très loin de mon confortable réseau montréalais. Je serai aussi très loin de mes merveilleuses amies sur qui je peux compter pour me suivre dans les péripéties de ma vie.
J’ai dû quitter Montréal pour une urgence familiale, un membre de ma famille était aux soins intensifs. Par contre, lorsque j’ai fait mes bagages j’ai su au fond de moi que j’allais retourner en région pour longtemps. C’était un sentiment euphorique et libérateur, j’ai eu l’impression que j’allais retrouver mes repères et mettre un peu de sens dans ma vie chaotique. Montréal malgré tous ses attraits est une jungle.
La période de questions. Pourquoi cette annonce sur un blogue ? Pour quelles raisons je vous livre ma vie privée sur support virtuel?
Par mon expérience, je veux aborder dans les prochaines semaines le retour en région dans ses joies et des difficultés. Je veux vous entretenir des conditions d’études, de vie, de travail auxquelles on peut aspirer en terre éloignée. Je veux aussi casser certains mythes sur l’Abitbi-Témiscamingue et sur «le monde» des régions en général. Croyez-vous que c’est possible d’avoir une vie dynamique hors des grands centres? À travers ma quête, je veux aussi vous faire découvrir les endroits inédits et les places à découvrir à plus 600 kilomètres de Montréal. Je veux aussi vous présenter les luttes quotidiennes en terme de droits sociaux et du travail. Je veux vous parler de la vie culturelle d’ici puis vous présenter les possibilités d’implications sociales et politiques.
Je connais peu ma région malgré tout. Mes racines sont ici, mais je ne sais pas encore la couleur de ses racines. Je me lance vers ce nouveau départ, vers une nouvelle vie. Je partagerai mes découvertes, mes appréhensions, mes peines et mes petits plaisirs. Tout ce que je sais c’est qu’en Abitibi le mode de vie est différent. Le rythme n’est pas le même, le temps est plus lent et même la façon d’être prend un sens différent. J’ai l’impression que mes repères profonds sont ici, mais que ma façon de vivre est très montréalaise. Je me promène dans les rues de Montréal et je suis une fille très normale alors qu’ici je me sens marginale. Ce sont mes racines qui sont en crise, mais j’ai l’impression qu’ici la folie est douce.
Crise de mots coupants
Assise dans l’ère du temps dans une campagne éloignée, mais encore trop près, je regarde le troupeau qui déambule. Ces vaches qui sont tachetées de noir, de brun, de blanc et de gris sont innocentes. Elles passent en beuglant leur sort de vaches dans une langue étrangère, mais j’ai cette lourde impression d’être parmi elles. Qui suis-je pour philosopher sur les vaches étrangères de ma campagne? J’ai cette campagne à proximité, mais elle n’est guère romantique. Les vaches traversent ma vie par dizaines et les voilà qui s’éloignent en m’emportant quelques bouts d’âme. Ces vaches m’ont fait le même coup que le train qui passe et qui me heurte l’intérieur sans m’avoir avisé des dangers de le regarder avec persistance.
J’ai cette étrange impression que tous les morceaux de mon corps se séparent et me quittent sans se retourner. Le pied-de-nez ultime me décompose comme une chanson à répondre sous l’œil d’une optométriste. Malgré cette décomposition avancée, je reste entière, entièrement moi-même dans sa longue complexité. Tous ces morceaux de corps qui me fuient n’arrivent pas à démanteler ce nœud qui m’habite. J’ai la tête qui éclate dans mon for intérieur tandis que, de l’extérieur, dans vos yeux à vous elle se la coule douce cette frimousse insouciante. Un cerveau climatisé, alcoolisé, voire amusé, qui se permet tout. Avez-vous pensé aux jugements de votre regard sur mon éclatement non apparent? J’en ai le cœur broyé, cœur qui se déverse dans la rivière de ma campagne de proximité et de mes rêves inachevés. Ce déversement me façonne toute une angoisse, j’ai peur de respirer. J’ai peur de consommer l’air qui m’entoure alors que respirer est une obligation de survie.
Sans doute les plus avisés ou les plus sots auront fui ces mots coupants. Le rejet de ces mots épargnera les réflexions épineuses d’une folie biologique parsemées de gains entiers. J’espérais peut-être vous soutirer des émotions, attirer votre attention, capter votre regard. Ai-je échoué à nouveau? Il n’y a nul doute que l’égoïsme contemporain trouvera d’autres animaux à fouetter. Il y a des problèmes plus importants que de s’attarder à une œuvre qui ne demande qu’à être déchiffrée, mais qui fuit à la juste lecture des premières notes. Après m’avoir lu, il est possible que notre séparation soit ultime. Il y a une forte odeur de souffrance finale, les coupures quotidiennes et les blessures de guerre seront enfermées à double tour.
Comme la finale d’un vin de qualité, la folle est de retour en crise et elle cherche la roue qui tourne pour la laisser passer. L’avez-vous vu cette roue continuelle ? Elle me suit constamment, mais j’aimerais qu’elle me double par la droite. La crise de mots coupants se dirige de plein fouet dans le nœud. Victoire !
