Assise dans l’ère du temps dans une campagne éloignée, mais encore trop près, je regarde le troupeau qui déambule. Ces vaches qui sont tachetées de noir, de brun, de blanc et de gris sont innocentes. Elles passent en beuglant leur sort de vaches dans une langue étrangère, mais j’ai cette lourde impression d’être parmi elles. Qui suis-je pour philosopher sur les vaches étrangères de ma campagne? J’ai cette campagne à proximité, mais elle n’est guère romantique. Les vaches traversent ma vie par dizaines et les voilà qui s’éloignent en m’emportant quelques bouts d’âme. Ces vaches m’ont fait le même coup que le train qui passe et qui me heurte l’intérieur sans m’avoir avisé des dangers de le regarder avec persistance.
J’ai cette étrange impression que tous les morceaux de mon corps se séparent et me quittent sans se retourner. Le pied-de-nez ultime me décompose comme une chanson à répondre sous l’œil d’une optométriste. Malgré cette décomposition avancée, je reste entière, entièrement moi-même dans sa longue complexité. Tous ces morceaux de corps qui me fuient n’arrivent pas à démanteler ce nœud qui m’habite. J’ai la tête qui éclate dans mon for intérieur tandis que, de l’extérieur, dans vos yeux à vous elle se la coule douce cette frimousse insouciante. Un cerveau climatisé, alcoolisé, voire amusé, qui se permet tout. Avez-vous pensé aux jugements de votre regard sur mon éclatement non apparent? J’en ai le cœur broyé, cœur qui se déverse dans la rivière de ma campagne de proximité et de mes rêves inachevés. Ce déversement me façonne toute une angoisse, j’ai peur de respirer. J’ai peur de consommer l’air qui m’entoure alors que respirer est une obligation de survie.
Sans doute les plus avisés ou les plus sots auront fui ces mots coupants. Le rejet de ces mots épargnera les réflexions épineuses d’une folie biologique parsemées de gains entiers. J’espérais peut-être vous soutirer des émotions, attirer votre attention, capter votre regard. Ai-je échoué à nouveau? Il n’y a nul doute que l’égoïsme contemporain trouvera d’autres animaux à fouetter. Il y a des problèmes plus importants que de s’attarder à une œuvre qui ne demande qu’à être déchiffrée, mais qui fuit à la juste lecture des premières notes. Après m’avoir lu, il est possible que notre séparation soit ultime. Il y a une forte odeur de souffrance finale, les coupures quotidiennes et les blessures de guerre seront enfermées à double tour.
Comme la finale d’un vin de qualité, la folle est de retour en crise et elle cherche la roue qui tourne pour la laisser passer. L’avez-vous vu cette roue continuelle ? Elle me suit constamment, mais j’aimerais qu’elle me double par la droite. La crise de mots coupants se dirige de plein fouet dans le nœud. Victoire !

Mélanie Robert
11 juillet 2010 at 21:18
Je suis sensible aux mots “crise” et “folie” qui se retrouvent sur ton blogue. Ton billet est triste. Qu’est-ce qui te rend triste comme ça ?