Ma grande déclaration
Ayant annoncé sur les réseaux sociaux que jaillirait de mon clavier une grande déclaration, c’est aujourd’hui que je me lance dans les confidences virtuelles. Armée d’une poche de mots et de mes fantasmes d’aventurière, je me lance dans une quête de sens et dans une recherche fondamentale sur mes racines.
Contrairement aux hypothèses que vous avez soulevées, je ne suis pas enceinte. Je ne vais pas me marier. Je ne ferai pas de changement de sexe pour porter le nom de Guillaume. Je ne suis pas en couple ouvert avec une femme. J’effectue plutôt un repli stratégique, un repli vers les lieux qui m’ont vu grandir. Tapis rouge et tambour. En grande pompe, je vous annonce que je quitte la métropole montréalaise pour la région, je vais m’établir en Abitibi-Témiscamingue.
Native de l’Abitibi, je l’ai quitté il y a près de 6 ans. J’ai poursuivi mes études postsecondaires jusqu’en avril dernier. En quittant Montréal je ne poursuivrai pas mes études de maîtrise, je lâche l’université pour découvrir le tristement célèbre «marché du travail». J’ai occupé bien des emplois au cours des dernières années, mais c’était toujours en complément avec mes études. Je ne sais pas encore qu’est-ce qu’une vie sans travaux académiques. Depuis 20 ans le mois de septembre signifie pour moi la rentrée scolaire. Cette année, le mois de septembre sera consacré à une recherche d’emploi très active qui me permettra peut-être d’éponger ce que me réclament les banques depuis la fin de mon baccalauréat : le remboursement de mes prêts étudiants. Étudiez maintenant, payez plus tard.
À titre plus personnel, je quitte mon bel appartement montréalais, appartement que j’habite depuis près de quatre ans. J’ai le sentiment de quitter à nouveau le foyer familial. Mon bail se termine le premier août. Montréal et son dynamisme me manqueront certainement. Les possibilités de Montréal sont infinies et il y a encore tant de choses à voir. Je vais m’ennuyer des cinémas indépendants, des musées, des petits cafés, des bières de micro-brasserie, de la grande bibliothèque, des librairies offrant des livres usagés et également des lieux marginaux qu’on retrouve peu en région. Les austères murs bruns de l’UQAM et les doubles allongés du Café Aquin (le café étudiant) me manqueront aussi. Dans un autre ordre d’idée, j’ai également mis fin à une longue relation amoureuse. Qui sait si la ruralité du nord m’apportera l’amour. Je quitte également tous mes amis et connaissances pour faire place à de nouvelles rencontres. J’ai encore quelques amis ici et de la famille, mais je serai très loin de mon confortable réseau montréalais. Je serai aussi très loin de mes merveilleuses amies sur qui je peux compter pour me suivre dans les péripéties de ma vie.
J’ai dû quitter Montréal pour une urgence familiale, un membre de ma famille était aux soins intensifs. Par contre, lorsque j’ai fait mes bagages j’ai su au fond de moi que j’allais retourner en région pour longtemps. C’était un sentiment euphorique et libérateur, j’ai eu l’impression que j’allais retrouver mes repères et mettre un peu de sens dans ma vie chaotique. Montréal malgré tous ses attraits est une jungle.
La période de questions. Pourquoi cette annonce sur un blogue ? Pour quelles raisons je vous livre ma vie privée sur support virtuel?
Par mon expérience, je veux aborder dans les prochaines semaines le retour en région dans ses joies et des difficultés. Je veux vous entretenir des conditions d’études, de vie, de travail auxquelles on peut aspirer en terre éloignée. Je veux aussi casser certains mythes sur l’Abitbi-Témiscamingue et sur «le monde» des régions en général. Croyez-vous que c’est possible d’avoir une vie dynamique hors des grands centres? À travers ma quête, je veux aussi vous faire découvrir les endroits inédits et les places à découvrir à plus 600 kilomètres de Montréal. Je veux aussi vous présenter les luttes quotidiennes en terme de droits sociaux et du travail. Je veux vous parler de la vie culturelle d’ici puis vous présenter les possibilités d’implications sociales et politiques.
Je connais peu ma région malgré tout. Mes racines sont ici, mais je ne sais pas encore la couleur de ses racines. Je me lance vers ce nouveau départ, vers une nouvelle vie. Je partagerai mes découvertes, mes appréhensions, mes peines et mes petits plaisirs. Tout ce que je sais c’est qu’en Abitibi le mode de vie est différent. Le rythme n’est pas le même, le temps est plus lent et même la façon d’être prend un sens différent. J’ai l’impression que mes repères profonds sont ici, mais que ma façon de vivre est très montréalaise. Je me promène dans les rues de Montréal et je suis une fille très normale alors qu’ici je me sens marginale. Ce sont mes racines qui sont en crise, mais j’ai l’impression qu’ici la folie est douce.

Mélanie Robert
21 juillet 2010 at 19:12
Je te souhaite de trouver de l’emploi dans ton Abitibi natale.
veroxray
21 juillet 2010 at 19:23
Je lirai avec plaisir ton nouvel enracinement…
Pierre-Luc Daoust
21 juillet 2010 at 19:29
Je suis content pour toi. Vivre en région c’est si agréable! J’ai très peu vécu l’expérience, mais la beauté des paysages, la qualité de l’air… ça vaut la peine. Je te souhaite la meilleure des chances côté professionnel! C’est un gros mais beau défi à relever.
Et vivement les occasions qu’on aura pour se prêter nos sofas et aller faire de la photo ensemble!
Karine
21 juillet 2010 at 19:31
À Montréal ou en Abitibi-Témiscamingue, le bonheur est possible, je souhaite que tu le trouves professionnellement, amoureusement et amicalement ! Je suis un peu comme toi, je ne serai plus aux études à temps plein en septembre vu que j’opte pour le marché du travail à temps plein, mais je suis sûre qu’on découvrira quelque chose d’intéressant ! Si je vois des offres intéressantes, je te les refile ! Bonnes boîtes !
Moukmouk
21 juillet 2010 at 20:03
je m’en doutais très fort… La fonction publique va t’ouvrir grand les bras, ils ont beaucoup de besoin là-bas… et ça te permettra de choisir encore et encore ce que tu préfères.
paumier1
21 juillet 2010 at 21:43
Tu vis un mouvement à contre-courant. Je pense sincèrement que ce n’est peut-être qu’une étape dans ta vie mais une étape importante.
Je te la souhaite la plus heureuse et la plus significative possible !
Au revoir !
martin dufresne
22 juillet 2010 at 00:44
C’est un geste courageux mais qui a la possibilité d’être infiniment gratifiant si tu arrives à insuffler ton énergie au milieu où tu arriveras. Tes tweets sont toujours vivants et stimulants, sans flagornerie ou égocentrisme dans un média où c’est souvent la norme. J’espère continuer à te lire sur TWITTER. Et si jamais tu cherches un point de site pour des textes songés et mordants (mais pas payés, hélas), pense à Le COUAC: on est en train de chercher des “antennes” ici et là au Québec!
Éric
22 juillet 2010 at 11:17
Bienvenue dans la résistance régionale! L’avenir appartient résolument à la Nordicité, aux contrées du moyen et du grand Nord, pleines de richesses et de beautés. Il nous faut, pour y survivre et espérer y vivre, mener la lutte pour les libérer.
Comme pour une terre en friche, tu trouveras surement mille défis à relever en Abitibi-Témiscamingue. Le premier consiste à combattre l’apathie et l’immobilisme crasse, causés par plus de cent ans de colonialisme. Ne t’arrête surtout pas aux discours des rois nègres et autres prétendues élites, qui n’hésitent pas à vendre notre pays pour des bouchées de pain. Il faut rêver et inventer l’avenir de nos régions, et reprendre en main ce que nous avons laisser trop longtemps sous le contrôle de multinationales et de gouvernants qui ne connaissent pas nos régions. Il faut se donner, comme régionaux, les levier pour nous gouverner nous mêmes et développer harmonieusement notre milieu. Exit le fédéralisme et le souverainisme qui ne nous a jamais rien donner de bon; Place au régionalisme qui ouvre la porte à un réel changement politique, ramenant le pouvoir à proximité de ceux qui doivent l’exercer, c’est à dire chacun et chacune d’entre nous.
Bien content de te compter des nôtres, de l’autre côté de la Boréalie, et je te souhaite de t’enivrer du bonheur de vivre dans toute la beauté du monde. Bonne chance!
Éric
22 juillet 2010 at 13:27
Et tu diras, si t’as l’occasion, un beau bonjour au pote Philippe Marquis, qui bosse au Regroupement d’éducation populaire d’Abitibi-Témiscamingue (REPAT)
Anne-Ma
24 juillet 2010 at 10:01
Je suis certaine que tu vas t’amuser, et si jamais tu viens à Montréal faire un tour n’oublie pas de faire un évènement Facebook que je puisse me mettre attending
Julie Ba
25 juillet 2010 at 22:50
Une merveilleuse quête intérieure t’attend,si elle n’est déjà amorcée. Après tous ces efforts, le repos de la guerrière. Je suivrai ton blogue avec curiosité et enthousiasme, for sure. Prend grand soin de toi. L’amour viendra.
Djew