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Crise de folle

J’ai souvent l’impression de marcher sur un sol en mouvement comme si ma vie était le milieu d’un autobus accordéon. C’est bien quelques instants, c’est même rigolo, mais on s’en lasse. Pourtant, à chaque fois que l’autobus géant arrive à mon arrêt sur la ligne express, je me dirige vers le milieu de celui-ci. J’aime cette sensation mouvante, mais elle me rend folle. Après quelques hauts le cœur sur la plaque tournante, je me demande toujours : pourquoi l’ai-je encore fait? Ma vie est une drôle de course, un excellent film de série B. J’entends déjà les commentaires en écho de mes collègues et amies : « Geneviève, qu’est-ce qui se passe avec toi? Ta vie est toujours pleine d’aventures et d’histoires. » Je me plais à imaginer qu’au moins je fais rire la galerie et que ça change le quotidien. Par contre, mes histoires rocambolesques ne sont pas toujours faciles à vivre. Moi, elles ne m’amusent pas. La vie me fait des histoires, des histoires autres de celles dont je rêve. Mes gaffes quotidiennes et mes nouilleries ne me plaisent guère, quoiqu’elles me permettent de rire de moi-même. Par les temps qui courent, j’ai les pieds qui se chamaillent et les yeux qui se font la guerre. Mon métabolisme danse. J’ai le cœur qui bat la chamade, mes dents qui claquettent, ma vision qui cahote et les parties de mon corps qui se baladent sans attendre le cerveau. Me trouvez-vous folle?

La folie. Elle fait peur, elle rebute. Elle attire, elle dérange. Avez-vous peur de devenir fou, de devenir folle? L’êtes-vous? Avez-vous un diagnostic?

La folie est permise dans un cadre normatif précis, on souhaite faire des folies, vivre de folles aventures. On veut réaliser nos rêves les plus fous. Dans une certaine mesure, on a tous dans nos amis une personne que l’on qualifie de fou, de folle. Encore, la folle amie c’est peut-être moi, c’est peut-être vous. Par contre, on évite par-dessus tout le fait d’avoir l’air fou. Pourquoi?

J’ai toujours l’impression qu’on lutte pour ne pas sombrer dans la folie, alors que le monde est clairement malade. Paradoxe. J’ai le sentiment que c’est de peu que j’échappe à l’état de folie. Pourtant, la folie est créative, elle est belle. On la traite comme une maladie, comme quelque chose dont on doit se prémunir. Il suffit de penser à nos obsessions, nos petits travers qui nous virent à l’envers. Enfer! Certaines choses nous agacent, nous tourmentent, nous rongent. C’est pourtant celles-ci qui nous font vivre. Pourquoi la folie n’est-elle pas acceptée? Pourquoi est-ce la banalité du train-train quotidien que l’on cherche à atteindre? Metro-boulot-dodo-condo-resto. Pourquoi ne peut-on pas vivre pleinement ce sentiment créateur?

Qu’est-ce qui vous ronge?   De quoi avez-vous peur?

Pensez à l’attente d’un rendez-vous coquin. L’attente rend dingue, n’est-ce pas? Ne pas savoir s’il vous rappellera. La peur de se faire prendre au piège. La peur de déplaire. Pour s’éloigner de la folie, on tente de ne pas y penser, de faire autre chose. Quand votre cœur s’emballe au moins coup de fil, au moindre message texte, ou au moindre tweet.

Que pensez de la nourriture? Quand cette chose qui touche vos lèvres est si succulente que vous pourriez manger sans cesse, que vous feriez tout pour goûter à nouveau le délice. Pour sentir encore et encore l’odeur de ce qui vous chavire? Qui n’a pas sombré quelques instants pour du chocolat, du café, du champagne, du scotch?

Le sexe, le sexe, le sexe. Le manque rend folle. Le moment rend fou. Moi, j’aime faire l’amour sur la musique classique la plus déconcertante possible. L’opéra et l’orgasme. Folle.

Les crises de larmes.

L’amour. La passion.

N’avez-vous jamais été fou par excès de ce qui est bon?

La culpabilité. Le ménage. Le désordre. Notre poids. Nos boutons.

La douleur dérange, n’est-ce pas? La perte. L’abandon. Le rejet.

Avez-vous déjà eu une colère incontrôlable? Un sentiment d’impuissance? De désespoir?

Nous sommes tous fous, nous sommes toutes folles par moment. À quoi bon fuir ce sentiment? À quoi bon le médicamenter? L’anesthésier? Notre société empêche la folie. Pourquoi? Pour ma part, je crois que la folie libère. C’est dans ces grands moments de détresse que j’ai créé, que j’ai vécu, que j’ai réellement ri, que j’ai vraiment connu la tristesse. La folie fait vivre.

Crise de folle. Crise de blogue.

 
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Publié par le 7 mai 2010 dans Confession

 

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